Je suis né le 25 août 1932 à 16 heures, au 27 rue Victor Hugo à Romilly-sur-Seine dans l'Aube..." Entre 11 h et midi l'il s'ouvrant et à 16 heures, je deviens à peu près opérationnel".

...Mon père Maurice André Auguste travaillait comme chef metteur au point des machines à fabriquer bas et chaussettes aux usines DUPRE à " Romilly-les chaussettes", ainsi appelle-t-on mon Pays natal.

Or toute ma famille est d'origine parisienne, Arcueilloise, plus précisément. Ma mère Adrienne née Richard, fille d'un blanchisseur du 15ème rêvait d'être funambule. J'ai une sur, Jacqueline, mon aînée de 3 ans. Rien de plus : famille petite bourgeoise parfaitement unie.

En 1939 c'est la guerre. Mon père est mobilisé dans l'artillerie. Pour ma mère, ma sur et moi c'est l'exode, dans une traction 11cv dont trois ressorts sur quatre sont cassés.

Route de Dieppe. Ma mère travaille : livreuse de pain. Ma sur et moi allons à la communale. Puis de Dieppe, nous allons à Sully-sur-Loire. En 1940, nous habitons au château de Sainte-Rose près de SETE (les W.C du château se trouvant dans le fond du jardin ah! ah!). Là nous retrouvons mon père qui s'est échappé des griffes allemandes. De nouveau, nous remontons vers Romilly-sur-Seine. Mon père au chômage est obligé de travailler dans un garage. Il emprunte de l'argent et nous montons à Paris où papa achète un fonds de commerce de bonneterie. Ma sur et moi allons à la communale, rue des martyrs.

Puis c'est le lycée Rollin (appelé après la libération lycée Jacques Decour) Mes parents retrouvant leurs parents, c'est à dire mes grands-parents, tu suis... à Arcueil, je change de lycée : Louis le Grand. Dans ce lycée je suis avec, entre autres chahuteurs (?) Calvanese. Résumons-nous : 8 lycées en 4 ans pour avoir 2 bacs.

1952 : bachelier à 20 ans. Ensuite je suis devenu professeur d'éducation physique !!! car durant mes dix ans d'études, l'éducation physique était la seule matière où j'étais tout le temps premier, (j'avais toujours un seul livre à la distribution des prix !!!). Puis j'ai été élève-professeur à l'IREPS, rue Lacretelle à Paris, puis ensuite professeur délégué à la ville de Paris (je touchais à l'époque 80000F anciens par mois...le Pérou et la liberté financière d'où l'achat d'une Vespa!) Cela dura 5 ans.

A peu près à la même époque, j'ai eu mon premier en entendant chanter Félix LECLERC dans "le train du Nord" au "Trois Baudets", oui, pour une bonne note au lycée ma mère m'avait emmené aux Trois Baudets. J'apprends toutes les chansons de Félix et pour les chanter, je gratte la guitare et j'apprends tout seul avec une vieille méthode. Je compose ensuite mes premières chansons : L'auto-stop (jamais enregistrée), la demoiselle de Montauban, la servante du château.

Puis une série de rencontres : Bernard Lelou qui devient mon collaborateur (nous travaillons ensemble depuis 1955). Mireille, au petit conservatoire de la chanson me disait :"Ricet, vous êtes fait pour chanter du comique!". Raymond Devos et Marie Dubas m'apprennent "la scène" ce côté quasi-sacré de la montée en scène. "Oser se montrer en scène devant le public, quelle inconscience, quelle folie, quel orgueil il faut ! mais aussi quelle maîtrise et quelle humanité sont nécessaires pour faire ce métier."

1956 : ce sont mes débuts sur scène "Au cheval d'Or".

1958 : c'est la sortie du premier 25 cm et mon départ au service militaire: La servante du château, la java des gaulois, drôle de vie, la dame de Ris Orangis, etc. . .C'est en même temps mon entrée et ma sortie (temporaire) dans la vie artistique professionnelle. J'arrête le professorat.

Mais revenons à l'armée. Je suis sursitaire, après mes 3 jours à Vincennes, je décide de faire du parachutisme, mais il faut l'autorisation des parents et les miens refusent. En 1960, je tourne dans un film de Truffaut "Tire au Flanc". Un an plus tard, je suis appelé. Pour moi commence le calvaire. J'ai un copain de chambre très sympa : Jean Claude ARNAUD de la Comédie Française.

Ayant un ulcère à l'estomac, d'infirmerie en hôpital, d'infirmiers en toubibs je fais 5 mois d'armée pour être réformé définitif. Mais "vu l'ordonnance du 31 janvier 1961 du Général de Gaulle", tous les réformés doivent repasser une visite. Val de Grâce : entrée tout nu 72 kg - sortie un mois plus tard 47 kg. Puis c'est la cellule psychiatrique et la réforme définitive.

Je passe à l'Etoile avec Dalida. C'est à peu près l'époque où les frères Jacques enregistrent "Les frères Jacques chantent Ricet Barrier" avec 4 chansons : Dolly 25, les pasteurs, les clochards, Eugénie de Beaulieu. Viennent ensuite : Stanislas, la java des hommes grenouilles, le savoir-vivre etc...

On pourrait dire que les grandes phrases de ma "jeune carrière" sont les suivantes : 1958: La servante du château- 1968: Les vacanciers- 1978: Y'a plus d'sous- c'est à dire trois chansons paysannes...grand public...mais entre ces chansons, il y a les principales (à mes yeux!): Drôle de vie, la java des hommes grenouilles, quatorze Juillet, Bizarre, chaussettes, vendeuses et gouttes d'eau, l'enterrement, le puceron et l'orange, les spermatozoïdes, putain le beau métier, dont les sujets sont plus profonds, plus originaux.

Je n'ai pas d'inspiration! L'idée ne jaillit pas comme un geyser. Non, je ne suis pas un poète comme Charles Trenet, je suis un artisan, un manuel et la chanson pour moi c'est comme une maison, il faut la bâtir pierre à pierre et c'est long, parfois très long (12 ans pour terminer "l'enterrement"... c'est une exception bien sûr, mais en moyenne il faut au minimum 2 ans pour que nous considérions la chanson comme terminée). C'est difficile de faire une chanson fantaisiste. C'est pour cela qu'il y a si peu d'auteurs comiques, c'est dur, ça paye pas (ça n'a jamais payé en France). Mais quel plaisir de voir une salle entière qui éclate de rire, qui se décharge la bile et qui sort de la salle avec un grand sourire, heureuse d'avoir passé un moment sans souci...

Les comiques, les fantaisistes, les rigolos, les clowns devraient être assumés par l'état et les places remboursées par la sécurité sociale, car nous sommes en quelque sorte les soupapes, les sorciers, les médecins du peuple: "un éclat de rire remplace aisément une boîte de médicaments!" J'ai beaucoup travaillé pour les enfants: Il y a eu entre 1966 et 1970 "Les aventures de Saturnin" le petit canard - 78 épisodes d'un quart d'heure - de Jean Tourane avec lequel j'écris les dialogues et dans lesquels je fais la voix de Saturnin, avec la complicité d'Annie Colette (belette) et François Lalande (les autres personnages). Ces séries "Saturnin" sont au départ destinées aux enfants, mais en fait au public familial, car le 3ème âge y était très sensible. Il y a également "Barbapapa" auquel je prête ma voix pour tous les pays francophones.

Mon principal hobby est le bricolage. Je fais mes meubles, mon pain, je travaille le cuir et je ne rechigne pas à la maçonnerie. Je ne chanterai pas les plaisirs du travail manuel, la joie de bâtir de ses mains car c'est beaucoup trop beau pour être drôle! J'ai tout un tas de devises, mais je vais vous en citer sept... comme conclusion:

L'important c'est d'avoir la santé.......Au bout du rouleau, c'est la vie qui l'emporte.......Quand on est tout en bas, on ne peut que remonter ou entrer dans les statistiques.......Vivre c'est vivre, et vice-versa.......Quand on sait ce qu'on sait, quand on a vu ce qu'on a vu, on a raison de penser ce qu'on pense.......Fonce toujours ça passe.......Mieux vaut être Rice et Barrier, que pauvre et célibataire.