Les spermatozo´des
( Les Trois Cent Millions )
Paroles de Ricet Barrier - Bernard Lelou
Musique Ricet Barrier - Bernard Lelou - Joseph Dejean

Nous somm's 300 millions, massés derrièr' la porte
Trop serrés pour remuer, trop tendus pour penser
Un' seule idé' en têt', la port', la port', la porte
Quand elle s'ouvrira, ce sera la rué'
La vrai' course à la mort, la tueri' sans passion
Un seul gagnera, tous les autres mourront
Même pas numérotés, seul un instinct nous guid'
On nous a baptisés : les spermatozoïd's.

Le prix de la victoir', c'est une fille de joi'
Nous somm's 300 millions et un seul l'aura
Ell' se fout du vainqueur, ell' ne choisit même pas
Ell' se donne à tout le mond', mais un seul à la fois
Elle attend bien tranquill' dans son palais douillet
Le confort y est total, les serviteurs discrets
Pas de nuit, pas de jour, pas de bruit, que l'amour
L'amour, l'amour, l'amour, l'amour, l'amour, l'amour.

Nous bougeons lentement, faut pas s'ankyloser
Quand on est d'vant la porte, on voudrait s'arrêter
Si ell' s'ouvrait maint'nant, je s'rais bien placé
Mais non, les autres pouss'nt, ça y est j'l'ai dépassée
Et la rond' continue, la rond' des prisonniers
Mais ce que l'on attend, c'n'est pas la liberté
On n'se parle même pas, on gard' les yeux baissés
On ne regarde pas ceux qu'il faudra tuer.

Soudain on s'arrête tous ...
Plus personne ne pousse ...
C'est l'instant qu'on attend ...
Très subtil le changement ...
On n'voit rien mais on l'sent ...
Dehors, ça boug' lentement ...
On espèr', on redout' ...
On n'boug' plus, on écoute ...

Ca y est c'est parti, la porte est ouvert', c'est la rué' au dehors
Ne pas s'affoler, ne pas s'affoler sinon c'est la mort
Pas partir trop vit', la distance est longu', faut pas s'essoufler
Déjà les premiers ont été massacrés, bopusculés, piétinés
Ce qui s'pass' devant c'est pas important du moins pour l'intant,
La mort vient dans l'dos, le croch'pied vic'lard et le piétinement
Le fouet bien en main j'en voit un qui s'approch', j'l'attend
Il est a ma porté' je m'retourn', vlan ! d'un coup d'fouet je l'descend.
Faut être attentif, tous les nerfs tendus, prévoir le danger
Tout c'qui s'passe autour, faut en être conscient, sentir et frapper.
Quand l'un tourne le dos, s'il est à porté' on lui règle son sort
C'est la règle du jeu, la moindre pitié entraîne la mort.
Sacré Nom de Dieu, un coup d'fouet a sifflé just'derrière mes oreill's
Mais j'dois êtr' cinglé pour philosopher à un moment pareil
Le fouet tournoyant, je cavale à mort pour me dégager,
L'danger écarté, je reprend mon train, faut pas s'ennerver,
Déjà la moitié, les trois quart sont morts, ça s'est clairsemé
On court plus lentement, on piétine des corps, on est fatigué ...

Courir, courir, courir, courir, courir, courir,
Tenir, tenir, tenir, tenir, tenir, tenir,
Ceux qu'ont la rage de vivre, il n'y a qu'ceux-là qui tiennent
Maint'nant on n'se bat plus, oh ce n'est plus la pein',
Les mecs tomb'nt un à un, morts avant d'toucher l'sol,
Exténués, épuisés, vidés, rincés, ras l' bol,
C'est bon d'se laisser choir, dormir comme les noyés
Mais ceux qui s'laiss'nt tomber, c'est pour l'éternité.

Soudain je l'aperçois, il est devant mes yeux,
Il est là devant moi, ce palais merveilleux :
J'arriv' ma toute belle, encore un p'tit effort !
Et je plong' dans la vi' en sortant de la mort
Mais non, je n'suis pas seul, deux mecs m'ont précédé
Tell'ment épuisés qu'ils ne trouv'nt pas l'entré'
Je leurs tombe dessus, les écras', les bouscul',
Je leur piétin' la gueule et j'entre dans l'ovul'.

Que c'est beau ... que c'est beau ... (chanté)

J'entre dans un Paradis,
Elle est là cett' garc' de vie
Pendant neuf mois entre elle et loi,
Ce s'ra l'Eden, le Nirvana.
J'suis l'vainqueur des 300 millions
Je sors du Néant, j'ai un nom
C'est merveilleux l'existenc'
Ca commenc' par des vacances ...

Que c'est beau ... que c'est beau ...

Je vais en jouir à plein d'ces neuf mois sans prolèm'
Tranquill', baignant dans l'huil', sans amour et sans haine
Sans froidur' ni chaleur, surtout sans société
Parc' que les autres, les vaches, ils m'attend'nt à l'entré'
Tous les autres vaiqueurs, ceux qui sont d'jà dehors,
Ils m'attend'nt pour se battre, pour voir qui s'ra l'plus fort.
Ouais, quand je sortirai, il n'y aura plus d'vacances,
Pendant soixant' dix ans, la bagarr' recommenc' ...

C'est la vie ... c'est la vie ... c'est la vie ... ( ad libitum )